

L’un des plus gros nerfs de la guerre étant désormais ciblé avec les transports des publics, il fallait bien un tiers de confiance pour inciter à prendre sa voiture un peu moins seul.e pour se aller écouter ses artistes préférés. Les offres de covoiturage se sont multipliées ces dernières années, et dans ce paysage Festicar partage avec FAIRLY la recherche du moindre impact et le fait d’englober la RSE dans sa globalité. Emilie Rémy, cofondatrice de la plateforme, nous en dit plus sur cette histoire d’engagement écologique… et familial.
Bonjour Emily, peux-tu présenter Festicar en quelques mots ?
Bonjour et merci pour l’organisation de cette interview, à laquelle je réponds avec grand plaisir, tant j’aime le travail de Fairly et j’apprécie les échanges avec vos talentueuses équipes ! Festicar est une plateforme de mobilité partagée dédiée aux événements culturels. Concrètement, nous facilitons le covoiturage, le covoyage à pied, à vélo ou en navette pour aider les publics à se rendre ensemble sur les lieux de festivals, concerts, spectacles ou rencontres artistiques.
Notre objectif est double : réduire l’empreinte carbone des événements — puisque les déplacements représentent souvent la majorité de leurs émissions — et améliorer l’accès à la culture, en proposant un service solidaire, sans frais pour les utilisateur⸱rice⸱s.
Festicar, c’est à la fois un outil pratique, un engagement écologique et une démarche collective. En plus, j’ai créé cette plate-forme avec mes frères et soeur et c’est une aventure qui me ravit chaque jour !
Les propositions sur le marché du covoiturage, voire du covoiturage culturel sont déjà très riches, qu’est-ce qui fait la spécificité de Festicar ?
C’est vrai qu’il existe déjà plusieurs offres autour du covoiturage, y compris dans le secteur culturel. Ce qui rend Festicar vraiment unique, c’est que c’est une solution pensée par et pour des organisateur⸱rice⸱s d’événements.
Pour moi, c’est ça notre force n°1 : c’est nos racines et notre équipe. Je suis productrice de spectacles depuis 10 ans avec ma structure Anima Nostra. Avec mes équipes nous avons produit de nombreuses tournées, nous côtoyons quotidiennement de nombreux festivals et salles de spectacles et nous organisons également notre propre festival dans le sud-ouest (Festival de l’abbaye de Beaulieu en Rouergue). Au quotidien nos équipes sont poreuses et certaines salariées sont communes aux deux structures. Dans nos échanges avec nos partenaires, je me rends compte que c’est une chance et une force inouïes. Je vois comme nos équipes comprennent les enjeux, les problématiques et le quotidien des acteurs culturels. Notre capacité d’adaptation n’en est que dupliquée, cela rassure les structures et facilite l’effort global du secteur.
Festicar s’adapte à la diversité de nos partenaires. Par exemple, notre plateforme permet de différencier les catégories d’événements, de gérer des sites multiples ou mobiles (comme un festival itinérant). Ensuite, notre approche est ouverte à toutes les formes de mobilité partagée : pas seulement en voiture, mais aussi à pied, à vélo ou en navette. C’est particulièrement adapté aux festivals qui ont des enjeux d’accessibilité ou qui veulent encourager des alternatives plus douces, notamment les festivals en milieu urbain, où la voiture peut être une option non systématique.
Notre modèle est, par ailleurs, 100 % gratuit pour les usager⸱ère⸱s, et nous travaillons main dans la main avec les organisateur⸱rice⸱s pour créer une dynamique locale, écologique et solidaire. Là où d’autres plateformes restent centrées sur l’optimisation de trajets, nous plaçons la culture, la rencontre et le territoire au cœur de notre démarche.
Enfin, pour accompagner les organisateur⸱rice⸱s dans leur transition écologique, nous avons développé un espace administrateur⸱rice dédié, qui donne accès à l’ensemble des données de mobilité générées par la plateforme — de façon totalement anonymisée et conforme au RGPD. Cet espace permet de visualiser, analyser et exporter les informations clés : nombre de trajets partagés, kilomètres mutualisés, estimation des émissions de CO₂ évitées, taux de remplissage moyen, types de mobilités utilisées, etc.
L’objectif : offrir des éléments concrets et vérifiables pour alimenter les bilans RSE, renforcer les dossiers de subvention ou candidatures à des labels environnementaux, et surtout, valoriser les efforts engagés auprès des partenaires et des publics.
Nous sommes très fiers de notre équipe de développement, à l’écoute des besoins du secteur et très flexible pour adapter au mieux notre produit. Nos 4 développeurs ont créé de toutes pièces une application web robuste (sur Ruby on Rails pour les plus techniques) et sécurisée. Tout a été développé avec un code dont nous sommes les seuls propriétaires et nous permet d’être totalement indépendants.
Mon frère Timothy REMY a été récompensé en Octobre 2024 du prix LNO (La Nouvelle Onde) de l’innovation pour la culture. Notre proximité avec nos partenaires est également une de nos forces. Nous invitons après chaque édition estivale tous nos partenaires à une réunion afin de faire d’un retour sur expérience de Festicar et brainstormer sur le futur des transports dans la culture. Nous progressons à vitesse phénoménale dans la priorisation des prochaines fonctionnalités à développer sur la plateforme et nous prenons part aux discussions concernant les échanges avec les collectivités locales notamment. Également les festivals et structures culturelles en profitent pour se donner mutuellement des conseils (comment mieux gérer les flux, comment promouvoir l’investissement dans la transition écologique auprès des subventionneurs…). Festicar n’est pas seulement un outil logistique, c’est aussi un levier de preuve dans une démarche d’impact. C’est cette approche sur mesure, profondément ancrée dans le secteur culturel, qui nous distingue.
Il est désormais intégré que le premier impact carbone d’un évènement provient du transport des publics et participants, peux-tu nous spécifier cela et nous dire dans quelle mesure le covoiturage permet de le réduire ?
Oui, c’est un fait désormais bien établi : le transport des publics et des participant⸱e⸱s représente une large partie de l’empreinte carbone d’un événement culturel (environ 80% des émissions carbone des festivals selon le Shift Project). Et cela, quels que soient lesefforts faits sur les déchets, l’alimentation ou la scénographie. C’est donc le premier levier d’action pour réduire concrètement l’impact environnemental d’un festival ou d’un concert.
Le covoiturage est l’un des moyens les plus efficaces pour y répondre rapidement. En mutualisant les trajets, on réduit mécaniquement le nombre de véhicules sur la route, donc les émissions de CO₂, mais aussi la pollution locale, les embouteillages et les besoins en stationnement. Nous avons d’ailleurs conçu la version bêta autour de cette vision : mutualiser au maximum les trajets en proposant des points de départ définis afin de prévoir à l’avenir des alternatives (navettes, convois depuis des gares environnantes etc.) avec les organisateur⸱rice⸱s d’événements. Et au-delà de l’effet direct sur les émissions, le covoiturage agit aussi comme un déclencheur de prise de conscience : il encourage les participant⸱e⸱s à réfléchir à leur manière de se déplacer, à privilégier des options partagées, plus responsables.
Chez Festicar, on pense que c’est en rendant cette démarche simple, intuitive et accessible qu’on peut passer à l’échelle. Concrètement, un trajet moyen en voiture émet environ 120 à 150 g de CO₂ par kilomètre. Si une personne seule fait 100 km aller-retour pour un événement, c’est environ 15 kg de CO₂ émis. Avec Festicar, si cette même voiture transporte 3 ou 4 personnes au lieu d’une seule, on divise ces émissions par autant de passager⸱ère⸱s. Cela revient à éviter jusqu’à 30 à 45 kg de CO₂ pour un trajet partagé à l’échelle d’un véhicule. Quand on multiplie cela par des dizaines, voire des centaines de trajets pour un festival, l’impact devient significatif. Et c’est sans compter les effets secondaires positifs sur la congestion, le stationnement ou l’usage de transports alternatifs.
Au-delà de la réduction de l’empreinte carbone, que proposez-vous pour quantifier précisément cet engagement, tant du point de vue de l’utilisateur que de l’organisateur ?
Au-delà de la réduction concrète des émissions carbone, Festicar permet de mesurer et de valoriser cet engagement à chaque niveau.
Pour les utilisateur⸱rice⸱s, le covoiturage, covoyage à pied/vélo ou le transport public permet de changer la nature même de la mobilité culturelle : partagée, elle devient plus douce, plus économique et plus sociale.
Pour les organisateur⸱rice⸱s, dès la signature de la convention avec Festicar, iels deviennent autonomes. Iels paramètrent leur plateforme par eux-mêmes, observent les trajets se créer et se remplir, iels peuvent même créer des navettes depuis la plateforme. Depuis peu, les organisateur⸱rice⸱s peuvent également créer des questionnaires complexes (à plusieurs étages de sous-questions – contrairement à Google Form) à destination de leurs publics. Depuis le début de notre aventure, nous allons sur les lieux culturels partenaires faire de la médiation et questionner les publics sur leurs habitudes de transport afin de proposer des alternatives à l’avenir. Maintenant, les organisateur⸱rice⸱s pourront retrouver les résultats de leurs questionnaires directement dans leur espace administrateur⸱rice. Notre ambition, c’est d’aller au-delà du service de mobilité : faire de Festicar un outil de pilotage pour la transition écologique du secteur culturel.
On imagine souvent que les solutions de covoiturage sont l’apanage des grands rassemblements, mais à partir de quelle ampleur ou typologie d’évènement est-ce intéressant de proposer une solution de covoiturage comme la vôtre ? C’est une idée reçue qu’on entend souvent, et pourtant : il n’y a pas besoin de rassembler 50 000 personnes pour que le covoiturage ait du sens. Avec Festicar, nous travaillons aussi bien avec de grands festivals qu’avec des événements de taille plus modeste, parfois quelques centaines de participant⸱e⸱s, ou même des événements récurrents sur un territoire (programmation culturelle en milieu rural, salle de concert, tournée d’artistes…). En réalité, dès que le public vient de différentes zones géographiques et/ou que le lieu n’est pas desservi facilement en transports en commun, la solution devient pertinente. Et encore plus si l’organisateur⸱rice veut proposer plusieurs alternatives écologique, économique et conviviale : covoiturage mais aussi covoyage à pied et à vélo, et l’organisation de navettes. Mais ça arrive régulièrement qu’on nous contacte plus pour un aspect plus logistique (parking, congestion) ou sécuritaire (pour les événements tardifs dans des zones moins desservies).
Notre force, c’est de pouvoir adapter l’outil à chaque configuration : événement ponctuel, itinérant, sur plusieurs jours, multi-sites… Il n’y a pas de seuil minimum pour créer du lien entre les publics et réduire l’impact environnemental. Parfois, c’est justement dans les petits événements qu’on voit naître les plus belles dynamiques de partage.
Selon une étude menée auprès d’un panel de spectateurs ayant utilisé Festicar, plus de 25% déclaraient que le principal frein provient tout simplement de leurs habitudes de transport. Avez-vous des conseils à transmettre aux organisations sur les leviers les plus efficaces afin que les publics culturels s’emparent de ce moyen de transport de manière significative ?
Oui, ce chiffre est révélateur : le principal frein n’est pas technique, mais culturel et comportemental. Beaucoup de personnes continuent à venir seules en voiture par habitude, par manque d’information ou parce qu’elles ne savent pas que des alternatives existent. Mais c’est aussi très spécifiques aux événements culturels considérés comme loisirs : “Alors que le covoiturage gagne du terrain pour les trajets domicile-travail, il reste étonnamment peu adopté pour les déplacements de loisirs. Festivals, sorties culturelles et sportives entre amis, week-ends en nature… autant de moments où l’on privilégie encore largement la voiture individuelle.” (Les déplacements de loisirs en covoiturage, encore trop peu adoptés !, www.festicar.info)
Heureusement, les organisateur⸱rice⸱s peuvent jouer un rôle clé pour faire bouger ces lignes. Voici quelques leviers concrets qu’on recommande souvent à nos partenaires :
Intégrer le covoiturage dès la communication initiale : il faut que l’option apparaisse dès les premiers points de contact — site web, billetterie, réseaux sociaux. Plus on le rend visible tôt, plus on ancre l’idée que c’est un mode de transport “normal”.
Valoriser les bénéfices concrets : économies, convivialité, écologie… Le message doit être positif et incarné. Mettre en avant des témoignages d’autres festivalier⸱ère⸱s fonctionne très bien.
Proposer des incitations simples : accès à un parking dédié, boisson offerte à l’arrivée, rencontre avec un artiste de la programmation, réduction pour les conducteurs sur les prochaines éditions… Ce sont de petits gestes qui peuvent faire la différence au moment du choix.
Former les équipes et les bénévoles à relayer l’info : trop souvent, l’outil est en place mais mal promu sur le terrain. Un bon relais humain reste un levier puissant. Et surtout : rendre l’usage fluide. C’est tout l’enjeu de Festicar : une solution claire, intégrée, sans frais ni application à télécharger. Moins il y a de barrières, plus les gens testent… et adoptent. Changer les habitudes prend du temps, mais avec un peu de pédagogie et de cohérence dans la communication, l’impact est réel. Et souvent, après une première expérience positive, les publics n’ont plus envie de revenir en arrière, c’est donc de notre responsabilité de proposer une solution que les publics ont envie d’utiliser.
Vous évoquez souvent des communautés pour parler des utilisateurs de votre plateforme. Avez-vous des vues sur les bienfaits plus sociaux et moraux du covoiturage (rencontres, gratification de faire un geste qui compte) ?
Oui, c’est une dimension qu’on valorise beaucoup chez Festicar, car le covoiturage, ce n’est pas seulement un moyen de transport plus écologique — c’est aussi un outil de lien social. Quand on partage un trajet pour aller à un concert, un festival ou un spectacle, on partage bien plus qu’une voiture : on échange sur ses goûts, ses attentes, son excitation à vivre un moment culturel. On brise la solitude du trajet, on crée parfois de belles rencontres… et on fait déjà un peu partie de l’événement avant même d’y être arrivé. On voit que ces moments de sociabilité spontanée sont très appréciés, notamment dans les milieux ruraux ou pour les personnes qui se déplacent seules. Il y a aussi une forme de fierté et de gratification à faire un geste concret pour la planète, surtout quand il est simple et collectif. C’est pourquoi on parle souvent de communauté Festicar. Les usager⸱ère⸱s ne sont pas de simples “conducteur⸱rice⸱s” ou “passager⸱ère⸱s” : ce sont des personnes engagées, qui participent à rendre l’accès à la culture plus durable et solidaire. Et pour beaucoup, c’est une valeur ajoutée qui dépasse largement le trajet.
Vous proposez notamment des trajets “entre femmes” et “entre minorités de genre”, en quoi cela consiste ? Est-ce une demande grandissante et quelle est sa part parmi vos utilisateur.ice.s ?
Oui, c’est une fonctionnalité qu’on a mise en place au début de l’année 2025, en lien avec une association Les Catherinettes qui lutte contre les VHSS en milieu festif et des retours de terrain. L’idée est simple : permettre aux personnes qui le souhaitent de proposer ou de rechercher des trajets en non-mixité choisie, c’est-à-dire entre femmes et/ou entre minorités de genre. Concrètement, sur Festicar, lors de la création ou de la recherche d’un trajet, il est possible de cocher une option pour des trajets en non-mixité. C’est une manière de garantir un espace de sécurité et de confort pour celles et ceux qui en ressentent le besoin — notamment la nuit, sur des longs trajets ou lorsqu’on se déplace seul·e.
C’est une demande qui existe clairement, et qui tend à se renforcer, surtout dans le cadre des événements culturels qui attirent un public jeune et engagé. Les femmes et les personnes LGBTQIA+ sont souvent confrontées à des situations d’insécurité lors de leurs déplacements et dans les espaces festifs. Le rapport Stourm- La fête appartient-elle aux hommes ? révèle que ces violences sont fréquentes et souvent banalisées dans les festivals. Les victimes doivent adopter des stratégies d’évitement pour se protéger, telles que modifier leur tenue, limiter leur consommation d’alcool ou éviter certains horaires et lieux.
Mais ce qu’on constate surtout, c’est que le simple fait de proposer cette fonctionnalité crée de la confiance : cela montre qu’on prend en compte la diversité des vécus et des besoins, sans imposer un modèle unique. On ne force personne à rien. Et ça participe à rendre la culture accessible à toutes et tous, dans des conditions choisies.
Avez-vous des éléments concrets sur la question sécuritaire et les VHSS spécifiques à la question du covoiturage ?
La question des violences sexistes, sexuelles ou discriminatoires (VHSS) est bien sûr centrale dès qu’on parle de transport partagé — et encore plus dans le cadre d’événements culturels où les publics sont parfois jeunes et plus sujets à la vulnérabilité. Nous sommes particulièrement touchés par cette cause dans la mesure où nous sommes une équipe en majorité féminine. Nous avons donc mis en place plusieurs dispositifs pour intégrer cette réalité dès la conception de la plateforme, en lien avec des associations de prévention et des référent·e⸱s d’événements partenaires.
Voici les mesures concrètes :
Fonctionnalité de trajets en non-mixité choisie, pour les personnes qui préfèrent covoiturer entre femmes ou entre minorités de genre. Cela participe directement à un sentiment de sécurité.
Système de profil permettant aux usager·ère·s de vérifier quelques informations concernant le conducteur/passager.
Zones de commentaires sur les trajets, annonces et points de départ afin de dialoguer en amont du voyage, s’aligner sur certains aspects du trajet.
Charte de confiance et de respect à accepter lors de la création et réservation d’un trajet, dont une charte spécifique aux VHSS.
Procédure de signalement, avec possibilité d’alerter l’équipe Festicar et/ou l’équipe organisatrice de l’événement en cas de problème. Tous les signalements sont traités en interne avec attention, et peuvent mener à une exclusion de la plateforme si nécessaire. Nous souhaitons surtout accompagner les victimes si besoin. Prendre la parole est déjà une étape très courageuse.
Sensibilisation des organisateur·ice⸱s avec qui nous travaillons, pour que ces sujets soient intégrés dans la communication et la médiation autour de la mobilité. Les organismes comme les festivals sont responsables de la sécurité de leur public à l’intérieur des lieux mais également dans un périmètre autour du lieu culturel. Afin de garantir au mieux la sécurité de chacun·e, des associations comme les Catherinettes accompagnent de manière personnalisée les structures culturelles. Notre conviction, c’est que la mobilité ne peut être durable que si elle est aussi inclusive et sûre pour toutes et tous.
Vous travaillez au quotidien entre frères et soeurs et ça reste une belle singularité de travailler à ce point en famille, par quoi cela se traduit au quotidien dans la sphère pro voire perso ?
Oui, c’est vrai que c’est une belle particularité de Festicar : nous avons cofondé le projet entre frères et sœurs, et nous travaillons encore aujourd’hui très étroitement ensemble. C’est à la fois une force et une aventure humaine unique. On se connaît par cœur, on partage les mêmes valeurs, notamment en termes d’écologie et féminisme, on se comprend, on a les mêmes combats. On sait comment chacun⸱e fonctionne, et ça crée une cohésion forte au quotidien. Nous avons cofondé ce projet à quatre mais nous avons accueilli 5 personnes hors du cercle familial dans notre équipe, que nous considérons aujourd’hui comme des amis. C’est formidable de porter sa confiance sur des gens qui partagent les mêmes intérêts et principes que nous. Côté pro, on est très complémentaires, c’est pour ça qu’on a décidé de créer Festicar ensemble : chacun⸱e a son domaine de prédilection (développement et commerce pour Tim, design UX/UI et communication pour Joséphine, commerce pour Théo et relations structures partenaires pour moi…), ce qui nous permet d’avancer vite sans perdre en qualité. Et comme on se parle souvent en dehors du cadre purement professionnel, certaines idées naissent littéralement autour d’un repas ou d’une promenade — l’informel devient un vrai moteur d’innovation. C’est d’ailleurs pendant une cousinade en 2022 que l’idée est née ! Au fond, c’est une chance rare, et on s’en souvient à chaque coup de mou : porter un projet à impact avec les gens qu’on aime, c’est à la fois exigeant et incroyablement motivant. On se soutient dans les hauts comme dans les bas — et c’est ce qui donne à Festicar cette dimension profondément humaine.
Que vous souhaiter de mieux pour Festicar dans les mois et années à venir ?
Ce qu’on souhaite pour Festicar dans les mois et années à venir, c’est avant tout de continuer à grandir sans perdre notre ancrage : rester proches des territoires, des publics et des structures culturelles qui font vivre ce projet.
Concrètement, on espère pouvoir accompagner de plus en plus d’événements, petits comme grands, urbains comme ruraux ; déployer la plateforme dans d’autres langues pour ouvrir le service à de nouveaux pays et publics ; et surtout, accélérer l’impact écologique et social de Festicar : mutualiser des milliers de trajets, éviter des tonnes de CO₂, et créer du lien entre les gens. On aimerait que la mobilité partagée devienne un réflexe dans la culture, une habitude intégrée dans l’organisation des événements, au même titre que la billetterie ou la programmation artistique.
Pour moi, la culture, telle que je la produis dans mes activités extra-Festicar et la côtoie dans cette belle aventure, se doit d’être un vecteur de rêve et d’inspiration pour des futurs désirables. Au quotidien, nous, professionnels du spectacle vivant, y contribuons par nos choix artistiques et des programmations ambitieuses. Festicar est là pour que le plus grand nombre puisse voir ce travail dans l’entraide et la bienveillance que ce soit en voiture, à pied, à vélo… C’est possible — mais cela passe par de la pédagogie, des outils simples, et une vraie coopération avec le terrain. C’est exactement ce qu’on construit.
Mon rêve et mon plaisir c’est de découvrir ces petites anecdotes de trajet qui ont rendu accessible un événement à une personne en difficulté physique, financière ou que sais-je? Entendre ces petites histoires de rencontres qui ont prolongé le voyage culturel sur nos événements. C’est un baume au cœur quotidien que j’espère lire et entendre aussi longtemps que possible ! Comme le disait Sophie Zeller (adjointe au DGCA) pendant le SoFEST en Mars 2025, nous ne parlons plus de transition écologique mais bien de transformation écologique. Nous devons mettre en place tous les outils nécessaires pour transformer nos habitudes pour qu’elles soient plus respectueuses de notre planète. J’ai toujours pensé que la culture pouvait (devait ?) choisir l’écologie plutôt que la subir. Nous sommes de nombreux artistes, producteurs, organisateurs, et aujourd’hui acteurs technologiques comme vous et nous avec Fairly, à incarner ce souhait au quotidien et j’espère que nous embarquerons le maximum de monde à nos côtés !
Je le souhaite pour notre planète, pour nos publics mais aussi pour nos structures culturelles : pour le plaisir que cela procure d’agir et de penser nos événements plus inclusifs, plus humains, plus heureux. Je vis cette aventure comme une formidable entraide du secteur. Dans ce contexte que l’on sait difficile pour la stabilité du secteur, serrons-nous les coudes et faisons le pari ambitieux de rester positifs.Par la même, je souhaite que Festicar reste une aventure joyeuse, humaine et engagée. Parce que c’est en gardant ce cap qu’on pourra continuer à faire bouger les lignes, à notre échelle. C’est notre engagement à tous les quatre, Timothy, Joséphine, Théo et moi. Merci Fairly pour cette interview, longue vie à nos technologies et à bientôt sur les routes des festivals, dans les théâtres, salles, etc !