À l’heure où nombre de structures du spectacle vivant jugent nécessaire d'accélérer leur transition écologique et sociale, Fairly se devait de proposer des modules de formations complémentaires à l'utilisation de l'outil.

Cette offre décrite ci-dessous, passe entre autre par la rencontre avec Clément Berteloot, qui après quinze ans à des postes de production et de coordination dans le spectacle vivant, s'est mué depuis quelques années en éco-conseiller sous l'entité  Hormê - Coopérative Artefacts. Fort de son expertise et de son engagement en faveur de pratiques plus durables, il accompagne les structures culturelles dans la compréhension et l’amélioration de leurs impacts. Dans cet entretien, il revient sur les enjeux spécifiques du secteur, le rôle de Fairly, et les perspectives de montée en compétence des acteurs grâce à la formation.


Bonjour Clément, tu as travaillé pendant 15 ans en production et coordination dans le spectacle vivant. Quelles expériences ont été déterminantes dans ton évolution vers le métier d’éco-conseiller ?

Bonjour François,
Je crois que le premier point qui fait tilt, c’est la gestion des déchets. Quand on range, après un événement, les volumes engendrés sautent aux yeux. Comme c’est un thème abordé depuis longtemps dans la société, on a déjà eu l’occasion d’y réfléchir personnellement, et des solutions s’offrent à nous rapidement. Après on affine et on réduit.
Le second vient avec, c’est l’approvisionnement. On cherche des solutions plus raisonnées et très rapidement se pose la question de ce qu’on achète et à qui. A travers ça, on a une première occasion de montrer ce qu’on soutient et comment on pense son activité.


À quel moment as-tu pris conscience de la nécessité d’accompagner plus spécifiquement les structures culturelles dans leur transition écologique et sociétale ?

C’est venu par les réseaux et les diverses rencontres professionnelles. Au niveau régional ou national, on s'aperçoit que tout le secteur se pose les mêmes questions et fait face aux mêmes problématiques, avec une envie partagée, mais un manque d’accès aux ressources ou outils. Donc un besoin de structurer l’approche de ces thèmes à l’échelle de ce secteur d’activité et faire évoluer les pratiques du plus grand nombre.


En quoi ton expérience opérationnelle dans le spectacle vivant influence-t-elle aujourd’hui ta manière d’accompagner les professionnel·les ?

Quand j’étais en poste, mon rôle était de faire le lien entre la vision des projets et leur mise en œuvre concrète et en fait j’ai toujours cette approche. Comment passe-t-on de l’idée à son application? Quand j’aborde un sujet, j’essaie toujours d’avoir une proposition technique pour le réaliser. Ce n’est pas forcément la meilleure, ni celle qui sera appliquée, mais ça montre qu’on a pris en compte la réalité du terrain et ça ouvre la discussion et la faisabilité.

Quelles résistances ou freins observes-tu le plus souvent dans les structures culturelles lorsqu’il s’agit d’engager une démarche RSO, et comment les abordes-tu en formation ?

Après le temps disponible et les moyens?
Le premier biais, c’est la recherche d’exemplarité. Il y a souvent l’idée que si on n’a pas une réponse complète au sujet qu’on souhaite traiter, alors ça ne sert à rien de s’y attaquer. En réalité, les actions doivent être pensées sur la durée et avec une modularité constante. Pour schématiser, étape 1, on réfléchit, étape 2, on teste, étape 3, on affine. Il y aura toujours des exemples plus avancés autour de nous, mais ils ne sont pas arrivés à ce niveau du premier coup.
Un second point, ce serait d’être paralysé par l’ampleur de la tâche (ou des tâches). Ces thèmes ouvrent tellement de portes qu’on se dit que c’est impossible de répondre à tout. Et c’est vrai ! Mais avec méthode, on s’organise, on priorise et on se met à l’ancrer dans son fonctionnement.


Selon toi, quelle est la valeur ajoutée spécifique de l’outil Fairly Score par rapport à d’autres démarches ou référentiels RSE/RSO existants ?

Il est partageable à l’ensemble de son équipe ce qui permet d’impliquer le plus grand nombre,  de répartir le travail.
Mais surtout, en accompagnement d’une démarche RSE/RSO, il permet d’analyser très facilement l’impact des actions sur les sujets traités et donc de les ajuster au mieux.
Partage et implication, résultats et évaluations, orientation et aide à la prise de décision.
L’enjeu organisationnel, au final , c’est que cette démarche se fonde avec l’activité quotidienne des équipes.. Une fois intégrés; les automatismes se créent; et Fairly devient un outil de suivi ou de production comme les autres. Et des API existent pour en faciliter le remplissage.


Ces formations abordent les dimensions environnementales, sociales et économiques. Comment aides-tu les participant·es à articuler concrètement ces trois piliers dans leur stratégie ?

Ce n’est pas la partie la plus simple, car il y a généralement beaucoup d’attente pour des réponses rapides à des situations complexes.
D'abord, c'est l'occasion de mettre à plat les actions déjà réalisée qui sont souvent nombreuses et racontent quelque chose de la structure et ses sensibilités. En s’appuyant sur cet existant, on peut commencer à évaluer les sujets et ainsi prioriser le travail à mener. C’est-à-dire, finaliser les chantiers en cours et organiser ceux qui sont à mener, en parallèle ou par la suite.


En quoi ces formations répondent-elles, selon toi, aux enjeux actuels du secteur culturel, notamment face aux attentes des financeurs publics et aux obligations croissantes en matière de transition écologique ?

Pour être dans l’actualité administrative, elles répondent à la première exigence du CACTE -Cadre d’Actions et de Coopération pour la Transformation Écologique- déployé par le Ministère de la Culture.
Elles permettent de montrer que ces enjeux sont compris par la structure et qu’une méthode de travail est mise en œuvre.
Il est quand même plus intéressant de ne pas les prendre comme une réponse juridique aux injonctions politiques, mais comme une vraie continuité des réflexions du secteur sur le sujet et une occasion de faire évoluer les pratiques et les métiers.


Comment la méthodologie proposée prend-elle en compte les contraintes économiques spécifiques aux producteurs et diffuseurs de spectacle vivant en France : marges réduites, intermittence, dépendance aux subventions ?

D’abord, elle permet de comprendre le sujet et de le mettre face à sa réalité. Il ne s’agit pas de préconiser des actions à appliquer dans son organisation, même si ces moments sont l’occasion d’évoquer des idées et d’échanger sur des expérimentations déjà éprouvées.
Tout le sujet est justement de s’approprier les enjeux et penser à des réponses personnalisées et réalisables à son échelle.
Dans les faits, il existe beaucoup d’actions qui se font sans surcoût ou investissement (questions bâtimentaires mises à part) et ça passe souvent par de l’organisation interne et de la rationalité.


Tu évoques les ordres de grandeur carbone dans le spectacle vivant.
Comment aides-tu concrètement les producteurs à agir sur les postes les plus impactants : transports des équipes et des publics, tournées, scénographie, énergie des lieux, restauration ?

Le premier travail c’est de les faire connaître. La question carbone est omniprésente dans notre quotidien et beaucoup de chiffres nous arrivent sans qu’on sache réellement à quoi ils correspondent. En s’appuyant sur les référentiels et études issues du secteur, on peut positionner son organisation et avoir une meilleure compréhension des priorités.
Ensuite, c’est la méthode qui va permettre de planifier le travail à mener. 
Chaque organisation à ses spécificités (histoire, territoire, évolution,...) et va proposer une réponse qui lui correspond.

La production live fonctionne avec une responsabilité partagée entre producteurs, salles, festivals et prestataires. Comment peut-on idéalement intégrer une démarche RSO dans cet écosystème fragmenté où aucun acteur ne maîtrise toute la chaîne de décision ?

Dans les faits, on est très (trop?) souvent dans des rapports de forces et de négociations, cumulés à une urgence omniprésente. Ce climat rend difficile la mise en avant de ce type de démarche et crée même des situations de contradictions dures à assumer par la suite. Mais c’est un secteur où les échanges sont permanents et on voit que les pratiques évoluent.
Aujourd’hui, quand on aborde le sujet avec les différents éléments de la chaîne d’organisation, on sent qu’il est pris au sérieux et qu’on peut trouver des terrains d’ententes.
Et même avec toutes ces interactions, chaque structure reste responsable de ce qu’elle construit et de ce qu’elle propose à ses partenaires, aux publics... Donc les interstices où placer son identité sont nombreux et autant d'occasions évoquer le sujet avec les autres.


Les formations insistent sur le pilotage stratégique, comment faire en sorte que la démarche ne reste pas déclarative ou limitée à un outil d’auto-évaluation, mais devienne réellement structurante dans les pratiques quotidiennes de production et d’exploitation des spectacles ?

C’est justement le sujet de fond de ces formations. La stratégie doit permettre d’impliquer le plus de personnes possible et faire de ces sujets des non-questions. Le but est bien que les thématiques abordées finissent par être intégrées au quotidien des organisations, au même titre que l’économie ou la qualité des projets proposés et deviennent des automatismes.

Et comme ça reste le plus important, un morceau en particulier à nous partager ? 
Je dirais Thelma et Louise, de Panic Shack, un groupe de Cardiff au Pays de Galles, composée de quatre femmes accompagnées par un batteur, qui se présente comme un "Male Backed Band" :)

Pour voir cette vidéo, veuillez accepter les cookies « Vidéos intégrées » dans vos .


LES FORMATIONS FAIRLY

Depuis peu, FAIRLY propose donc deux formations, cumulables : 

  1. Une formation "généraliste" sur l'écriture d'une stratégie RSO d'une structure ou d'un projet, sur deux journées, dont vous pouvez retrouver la présentation complète ici.

  2. Une session de mise en pratique de la stratégie à travers l'outil Fairly Score. Configuration de l'outil, des canaux de récolte, etc. En présentiel ou distanciel, sur 1/2 journée, dont la description est disponible ici.

Ces formations sont délivrées par le biais d'ARTES, organisme de formation. Elles sont donc potentiellement à 100% finançables par les Opco, dont l'Afdas.


Retrouvez Clément Berteloot sur Linkedin